Gabrielle, de Longueuil

Un extrait de « Partie », en vente sur Ulule

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Le hall est somptueux. Un plancher de bois franc luit sous les tables et les chaises crème et bourgogne. Les banquettes s’agencent aux teintes sépia des murs et des tableaux. Le cellier accueille quelque trois cents bouteilles au fond de la pièce spacieuse et lumineuse. C’est par le mur vitré donnant sur Knightsbridge que pénètrent les rayons du soleil, scintillant jusque sur les coupes suspendues et le fin support métallique au-dessus du bar.

Dieu merci, j’ai enfilé une chemise ce matin. Mon ventre se tord. Je suis ici en imposteur. Toutes mes connaissances en restauration, je les ai acquises dans la pizzeria d’un petit village de Lanaudière. On y préparait de la sauce à pizza avec des épices séchées et de la purée de tomates en sacs, des gâteaux au fromage Philadelphia et des pâtes carbonara avec de la crème, du beurre à l’ail commercial et du faux parmesan en poudre. Je maîtrise mal l’anglais, encore moins l’accent londonien. Même en français, ma timidité rend stressante toute conversation avec des inconnus. Comment ai-je imaginé pouvoir travailler dans un restaurant haut de gamme comme le Bar Boulud ?

L’hôtesse revient vers moi. Mon malaise croît à chacun de ses pas. Mes mains sont moites, mes aisselles aussi.

  • Il est en réunion.

Je respire. Évidemment. Qui espérerait rencontrer le maître d’hôtel d’un des plus célèbres restaurants de Londres en se pointant sans prévenir? Gabrielle, de Longueuil. Je vais partir maintenant, sans pousser ma chance davantage.

  • Je vous offre un café, en attendant ?

 Sagement assise au bar, les jambes croisées, le dos droit, je trempe mes lèvres dans la mousse dense du cappuccino. Floral, délicieux. Je me détends et parviens même à sourire au garçon du bar. Puis je replonge mon regard gêné dans ma soucoupe.

Lorsque je relève la tête, j’aperçois un homme aux cheveux chocolat, presque noirs, la quarantaine. C’est lui. Il approche d’un pas décidé.

  • It’s a very bad timing, déplore-t-il en me serrant la main.

Une poigne chaleureuse et ferme. Je songe à disparaître. Est-ce parce qu’il se souvient de la promesse faite à mon oncle qu’il tire le tabouret voisin et s’assoit à mes côtés? Il plonge ses yeux noir carbone, perçants et doux, dans les miens. Mes iris pairs, colorés par la honte, ont probablement adopté le vert miroitant des bouteilles de Perrier, derrière le comptoir de marbre.


 

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