Cielo, Critique

CIELO

Critique parue dans L’Heuristique: le journal étudiant de l’ÉTS (décembre 2017)

Présenté dans le cadre des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM), le film indépendant Cielo, une co-production avec le Chili, est la seconde réalisation d’Alison McAlpine (après Second Sight, 2008). Cielo est une incursion de 78 minutes au cœur du ciel étoilé qui submerge le désert de l’Atacama au Chili; un voyage à travers les pensées et les questionnements de chaque homme qui y plonge son regard et est immanquablement frappé par l’émotion : « All the questions definitely live in the sky ».

Il en fut ainsi pour Alison, lorsqu’elle l’aperçut la première fois. Elle était alors dans un village de l’Atacama afin d’effectuer des recherches devant servir un autre projet. Une nuit, elle a vu le ciel. Soudainement, elle a ressenti le besoin d’expliquer – ou tenter d’expliquer – comment il nous change. Ainsi est né Cielo.

Alison a cherché ses réponses auprès d’hommes et femmes authentiques, de ceux qui habitent le désert, souvent dans des installations rudimentaires.

– Que ve la gente en el cielo, aqui? Demande Alison aux personnages de son film. C’est quoi, votre connexion au ciel?

Des réponses de toutes sortes surgissent de la science, des légendes, des croyances personnelles…

Selon une légende, la voie lactée serait une rivière à traverser après la mort, pour se rendre au ciel. On doit tuer un chien dont le maître décède, pour que l’animal l’aide à passer au-delà de la voie lactée.

À une astronome, le ciel inspire l’importance de prendre soin de la Terre et rappelle à l’homme qu’il est comme la fourmi, avec une vue limitée de son univers : « Yo creo que es imposible verlo todo… porque no estamos mirando desde arriba. Estamos mirando desde abajo hacia arriba ». C’est que nous regardons d’en bas, vers le haut.

Un père qui a perdu sa fillette sait qu’elle le regarde aujourd’hui de là-haut. Lorsqu’elle était en vie à ses côtés, elle disait, de la constellation d’Orion : « je suis cette étoile ».

Une grand-mère racontait aux enfants qu’à la vue d’une étoile filante, il fallait cracher trois fois par terre. Sinon, l’astre leur volerait la mémoire.

« Les scientifiques disent que nous sommes de la poudre d’étoile », dit un poète-ouvrier, au sortir de la mine d’or.

Un vieil homme tire des clichés des OVNI. Dans le désert de l’Atacama, certains racontent que les extra-terrestres descendent sur Terre et tombent en amour avec un être humain. De cette union naissent des demi-dieux. Les extra-terrestres ne se montrent pas aux hommes, qu’ils considèrent mauvais.

Le désert, aux yeux d’Alison, est incroyablement vivant : « Todo aqui esta vivo! » Son interlocuteur, un jeune chilien, acquiesce et renchérit : depuis l’enfance, il a souvent eu des apparitions.

– Des esprits? Demande Alison.

– Des anges, répond-il.

Un chasseur d’exoplanètes remarque que son travail, très lié aux questions d’origine et à la recherche de vie ailleurs, bref aux questions que chacun s’est posées, souvent, en regardant le ciel, a une résonnance particulière auprès du public : « Quand on regarde le ciel, on oublie tout ce qu’on a appris… De nouveau, tout est possible ». Pour lui, « tout ce qui nous ouvre est important, est moteur de développement ». Le ciel en premier lieu.

Cielo est composé de contre-plongées phénoménales. Des plans lents, pourtant en accéléré, du ciel étoilé qu’avale le désert au fil des heures, jusqu’à engloutir la lune. Comment Alison et son équipe ont-ils entrepris de photographier leur sujet, qui dépasse la notion de pixels? Ils utilisent une caméra très sensible à la lumière et un shotgun. Des travellings aériens, au-dessus des montagnes du chili, permettent d’observer les mystérieux géoglyphes visibles uniquement depuis le ciel.

C’est la réalisatrice qui prend la plupart des prises des étoiles, 5 a 7 jours avant ou après la nouvelle lune, pour qu’on puisse voir le paysage et les étoiles en même temps. L’ensemble des prises de vue sont empreintes de la subjectivité d’Alison, qui n’apparaît jamais à l’écran, bien que toujours présente derrière la caméra. Sa voix off incarne une voix intérieure qui réunit les personnages en un infini dialogue avec le ciel : « They say everything on Earth is a reflection of your constellation. Is that right? »

 Concluant ce dialogue et notre voyage cosmique, Alison demande au ciel : « How can you not end? And if you don’t end, how does that work? And if you end somewhere, what does that look like? »

Trailer STF from Alison McAlpine on Vimeo.

 

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cielo-thefilm.com

1 réflexion sur « Cielo, Critique »

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